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MunicipalDépartemental 9 septembre 2026
Par Mathieu Panciatici

Porter l’écharpe d’élu : un honneur et une manière !

Pourquoi je porte l’écharpe tricolore à la taille : une tradition républicaine et un choix de conviction

Depuis le début de l’été, plusieurs personnes m’ont interrogé sur ma manière de porter l’écharpe tricolore. J’ai en effet choisi de la porter à la taille, en ceinture, plutôt qu’en bandoulière, comme on le voit le plus souvent aujourd’hui.

Ce choix n’est ni anodin ni une simple question d’esthétique. Il est à la fois personnel, historique et politique, au sens noble du terme : il renvoie à la conception que je me fais de la République, de ses institutions et de la responsabilité de celles et ceux qui exercent un mandat au nom des citoyens.

Et puisque je suis professeur d’histoire, commençons par les faits.

Une origine profondément républicaine

L’histoire de l’écharpe tricolore des élus municipaux remonte à la Révolution française. Le décret du 20 mars 1790 de l’Assemblée nationale prévoit que les officiers municipaux portent, dans l’exercice de leurs fonctions, une écharpe aux couleurs de la Nation. Ce texte constitue un jalon essentiel dans l’histoire de cet insigne républicain.

À l’époque, il s’agissait d’une large bande de tissu épais, portée autour de la taille. Ce port s’expliquait aussi par une raison pratique : elle servait de fixation au fourreau de l’épée, que de nombreux élus portaient alors.

Cette tradition s’inspire également des insignes militaires, où les écharpes nouées à la taille indiquaient le rang, le grade ou l’appartenance à la nation. On retrouve d’ailleurs cette tradition aujourd’hui dans certains habits cérémoniels comme ceux des gendarmes gradés ou de certains dans l’armée de terre.

L’écharpe tricolore vient en complément d’un signe courant et patriotique de l’époque : la cocarde.

Il faut toutefois être précis : l’écharpe tricolore n’est pas simplement née pour remplacer la cocarde révolutionnaire. Ces deux insignes appartiennent à une même période de transformation des symboles politiques, mais ils remplissent des fonctions différentes. La cocarde manifeste une appartenance politique et nationale ; l’écharpe distingue notamment les représentants municipaux dans l’exercice de leurs fonctions.

La nuance est importante. La Révolution ne se contente pas de changer les symboles du pouvoir : elle transforme également la manière dont l’autorité publique se justifie. Celle-ci ne procède plus, en principe, d’un droit dynastique ou d’une naissance, mais d’institutions nouvelles, constituées au nom de la Nation.

L’écharpe porte ainsi une histoire qui dépasse largement le vêtement. Elle rappelle que l’autorité d’un élu s’inscrit dans un ordre républicain et qu’elle doit s’exercer au service de l’intérêt général.

Porter l’écharpe à la taille : une pratique historiquement attestée

Le port de l’écharpe à la taille appartient bien à l’histoire des insignes municipaux. Il ne s’agit donc ni d’une fantaisie contemporaine ni d’une manière irrégulière de représenter la République.

Au XIXe siècle, le costume officiel des maires fait l’objet d’une codification, notamment avec le décret du 1er mars 1852, sous la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte, devenu Napoléon III. L’écharpe est alors intégrée à un ensemble vestimentaire officiel, dont elle demeure aujourd’hui l’un des éléments les plus reconnaissables.

C’est sous le Second Empire que le port de l’écharpe par les élus a évolué. C’est à cette époque qu’ils ont commencé à la porter majoritairement en bandoulière, une pratique qui s’est généralisée depuis.

Il serait néanmoins excessif d’affirmer, sans preuve documentaire précise, que le Second Empire a créé le port en bandoulière ou qu’il a provoqué, à lui seul, son adoption majoritaire. Les usages vestimentaires évoluent et les textes historiques disponibles ne permettent pas d’attribuer avec certitude cette évolution à un événement unique.

Ce que nous savons, en revanche, est parfaitement clair : le port en ceinture n’est pas une survivance contraire aux règles actuelles. Il constitue l’une des deux manières expressément autorisées par le droit français.

C’est donc en connaissance de cette histoire, et non par méconnaissance des usages, que j’ai fait ce choix.

Ce que dit précisément la loi

L’article D. 2122-4 du Code général des collectivités territoriales est explicite : l’écharpe tricolore peut se porter soit en ceinture, soit de l’épaule droite au côté gauche.

Le texte précise également l’ordre des couleurs : lorsque l’écharpe est portée à la taille, le bleu doit figurer en haut ; lorsqu’elle est portée en bandoulière, le bleu doit se trouver près du col, notamment pour la distinguer de celle des parlementaires.

Le même article définit les conditions dans lesquelles les différents élus municipaux portent l’écharpe :

  • Le maire porte l’écharpe tricolore avec des glands à franges d’or lors des cérémonies publiques et lorsque l’exercice de ses fonctions rend nécessaire ce signe distinctif.
  • Les adjoints portent l’écharpe avec des glands à franges d’argent lorsqu’ils exercent leurs fonctions d’officier d’état civil ou d’officier de police judiciaire, ainsi que lorsqu’ils remplacent ou représentent le maire dans les conditions prévues par la loi.
  • Les conseillers municipaux peuvent également la porter avec des glands à franges d’argent lorsqu’ils remplacent le maire ou célèbrent un mariage par délégation, dans les conditions légales prévues.

La loi reconnaît ainsi explicitement les deux façons de porter l’écharpe. Mon choix relève donc pleinement de la légalité républicaine.

Un symbole institutionnel, mais aussi une responsabilité démocratique

Pour moi, l’écharpe tricolore ne saurait être réduite à un accessoire protocolaire. Elle représente une fonction, une responsabilité et une exigence.

Elle rappelle que l’élu n’est pas propriétaire de son mandat. Il l’exerce au nom des citoyens, dans le respect de la loi et sous leur regard. L’autorité qui lui est confiée ne doit pas devenir un privilège personnel, mais un moyen d’agir pour la collectivité.

J’ai donc choisi de porter l’écharpe à la taille, une manière de faire historiquement attestée et expressément autorisée par le Code général des collectivités territoriales.

J’y vois un lien avec l’histoire municipale de la République.

Cette manière de porter l’écharpe correspond à ma sensibilité, à mon rapport à l’histoire et à ma conception de l’engagement public.

Elle m’invite à me souvenir que les conquêtes démocratiques ne sont jamais définitivement acquises, que l’égalité doit se traduire dans les faits et que la République n’a de sens que si elle demeure fidèle à sa promesse de liberté, d’égalité et de fraternité.

#Alpes-Maritimes#Grasse#Histoire#Mouans-Sartoux#Peymeinade

Mathieu Panciatici Conseiller municipal & conseiller départemental des Alpes-Maritimes
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